RÉSUMÉS

Helga E. Bories-Sawala, Institut brémois d’études canadiennes et québécoises / Université de Montréal (professeure associée)
EUX et NOUS. La représentation des Autochtones dans les manuels d’histoire au Québec

Toutes les histoires nationales construisent forcément une dichotomie entre un NOUS collectif et un AUTRE qui s’en trouve exclu. Dans les manuels d’histoire du Québec, des années 1970 à nos jours, différents procédés concourent à la construction de ces identités. Notre contribution se propose de démontrer une évolution progressive d’un NOUS explicite et allant de soi d’alors vers des expressions plus implicites, contradictoires et parfois involontaires d’un NOUS québécois vis-à-vis d’un AUTRE autochtone aujourd’hui. Celui-ci se révèle dans des tournures linguistiques, des procédés didactiques (projets proposés aux apprenantes et apprenants) ainsi que dans la présentation même des savoirs. Les manuels prennent parfois peu en compte l’horizon d’interprétation des jeunes québécois du 21e siècle, inscrivent l’altérité culturelle autochtone dans un passé figé depuis un temps immémorial en insistant sur son exotisme et abordent peu les perceptions mutuelles et la possible pluralité des conceptions.


Helga E. Bories-Sawala, Institut brémois d’études canadiennes et québécoises / Université de Montréal (professeure associée) et Stéphanie Demers, Université du Québec en Outaouais | Table ronde en hommage à Thibault Martin
Comprendre que le changement social est aussi le produit de l’action des Autochtones

Helga Bories-Sawala évoquera d’abord les étapes de sa coopération avec Thibault Martin, depuis sa contribution au colloque sur le « Grand Nord » organisé par l’Institut brêmois d’études canadiennes et québécoises en 2010 au projet de recherche « Eux et Nous » sur la représentation des Autochtones dans l’enseignement de l’histoire nationale au Québec, en passant par l’édition allemande du récit de vie de l’Inuit Eddy Weetaltuk, véritable incarnation de l’agentivité autochtone. Stéphanie Demers abordera ensuite comment une didactique critique traverse l’œuvre de Thibault Martin et favorise l’émergence de la conscience de l’influence des forces historiques et sociales sur la vision du monde qu’ont les acteurs sociaux autochtones et allochtones – dont les élèves – d’eux-mêmes et de leur rôle dans la société. Les implications didactiques de la déconstruction des discours des dominants et l’inclusion des discours autochtones sur l’histoire seront explorées. Les deux intervenantes examineront en conclusion les possibilités de constructions ontologiques plus inclusives et plus solidaires qui marquent l’œuvre de Thibault Martin.


Vincent Boutonnet, Université du Québec en Outaouais
Progression de l’épistémologie pratique chez les futurs enseignants d’histoire au secondaire

Au Québec, la formation initiale prévoit un stage par année, mais les modalités (durée, objectifs, etc.) des stages varient selon les universités. Cette communication vise à présenter la progression de l’épistémologie épistémique de futurs enseignants d’histoire qui suivent un cours de didactique de l’histoire et de la géographie en concomitance avec un stage en blocs étalés en contexte d’enseignement au secondaire. Un devis de recherche par étude de cas présente des données fondées sur une entrevue d’explicitation, les documents produits dans le cadre du stage, une évocation hiérarchisée ainsi qu’une carte conceptuelle (n= 5). Les données illustrent une certaine progression dans la mobilisation de référents théoriques, mais au détriment de contraintes pratiques en contexte de stage qui limitent le développement professionnel. Il est discuté de l’emprise des pratiques de l’enseignant-associé sur l’autonomisation et le développement professionnel des stagiaires en formation.


Vincent Boutonnet, Université du Québec en Outaouais, Marc-André Éthier, Université de Montréal, David Lefrançois, Université du Québec en Outaouais et Dominic Arsenault, Université de Montréal
Assassin’s Creed est-il dangereux pour la mémoire collective ? Représentations de l’histoire sur des forums de joueurs

Les produits culturels font parfois concurrence à l’enseignement de l’histoire dans les écoles. La popularité des jeux vidéo est croissante et pose un double questionnement : la véracité du récit historique scénarisé par le jeu vidéo et l’assimilation réelle de ce récit par les joueurs. Nous proposons une étude de cas sur la série Assassin’s Creed qui recrée plusieurs évènements et contextes historiques. Cette étude est fondée sur l’analyse de forums de joueurs qui discutent de la signifiance et de l’authenticité historique représentées par ces environnements virtuels. Notre codage thématique révèle des positions très variées sur la représentation de l’histoire, mais aussi sur l’assimilation problématique du contenu historique. En effet, certains volets semblent attiser davantage la controverse sur la notion de patriotisme et de construction d’une nation à partir d’évènements fondateurs. Nous discuterons du potentiel didactique de ce jeu vidéo historique populaire.


Marie-Hélène Brunet, Université d’Ottawa
Les constructions genrées dans les œuvres de fiction historiques : analyse didactique d’un forum en ligne

La communication présente les résultats d’une analyse qualitative de contenu (Negura, 2006) des commentaires d’internautes sur le site www.bechdeltest.com associés à 30 films souvent présentés en classe d’histoire (Boutonnet, 2014 ; Sasseville et Marquis, 2015). Cette analyse vise à identifier les représentations sociales des participants, offrant un parallèle avec celles du public en général. Le forum est voué au classement des films en fonction de leur intégration des personnages féminins à partir des trois critères du test de Bechdel (Scheiner-Fisher et Russell, 2012). L’analyse éclaire le potentiel des discussions sur le genre en classe d’histoire, en lien avec l’exercice de l’agentivité, tant au niveau historique (les acteurs et actrices historiques représentés dans les œuvres de fiction) qu’au niveau citoyen (la détection et la dénonciation des stéréotypes et des constructions genrées). Nous conclurons avec des considérations didactiques sur l’usage du film en classe.


Jeffery D. Nokes, Brigham Young University – Interprétation simultanée
Écriture argumentative et pensée historienne

L’utilisation de preuves historiques soutenant une interprétation représente le plus haut niveau de l’écriture historienne. La lecture argumentative est la compétence qui construit l’interprétation se défendant à travers l’évaluation critique de preuves historiques, ce qui est préférable à l’écriture argumentative. Une citoyenneté active et informée implique des processus similaires : utiliser des preuves valides pour décider et agir. Les cours d’histoire représentent des milieux privilégiés pour développer sa citoyenneté. La recherche rapportée misera sur la lecture et l’écriture argumentatives des historiens et des élèves. Les stratégies cognitives et sociales des historiens et des élèves utilisées lorsqu’ils étudient des preuves historiques pour résoudre un problème seront exposées. La recherche empirique est nécessaire pour étudier le transfert des compétences historiennes de lecture et d’écriture argumentatives de l’engagement civique.


Stéphanie Demers, Université du Québec en Outaouais et Geneviève Lessard, Université du Québec en Outaouais
Élèves de l’immigration récente et citoyenneté : approches inductives au service de l’agentivité

En 2016, Gatineau accueillait 7535 personnes immigrantes, dont plusieurs enfants placés, dès leur arrivée, dans des classes d’intégration linguistique, scolaire et sociale. Ces classes ont comme mandat de développer leurs compétences langagières et de leur fournir les fondements d’une intégration réussie à la société québécoise. Cette communication fera état des résultats d’un projet réalisé dans trois de ces classes, auprès d’élèves âgés de 6 à 12 ans. La recherche visait à évaluer les effets d’approches pédagogiques inductives sur la reconnaissance de la boite à outils des élèves et de leur agentivité, dans une perspective de formation citoyenne. À partir de classes-promenades dans la ville et des questionnements émergeant des élèves au contact de divers éléments de la société québécoise et des dimensions politiques, sociales et culturelles de la ville de Gatineau, nous avons élaboré des situations d’apprentissage qui visaient à outiller les élèves dans leur résolution de problèmes.


Sylvain Doussot, Université de Nantes
Recherches empiriques qualitatives et quantitatives en didactique de l’histoire : un regard entre France et Amérique du Nord

La communication propose une comparaison entre approches quantitatives et approches qualitatives (études de cas) dans les recherches empiriques en didactique de l’histoire. Elle s’appuie sur un corpus de quelques études significatives dans ce domaine en Amérique du nord et en France depuis les années 1990, et sur les outils d’analyse développés par le sociologue et historien des sciences sociales Abbott (Chaos of disciplines, 2001). On peut identifier un débat fondamental (basic debate) qui structure les choix méthodologiques et épistémologiques des recherches : l’apprentissage de l’histoire critique relève-t-il de règles méthodologiques à inculquer ou d’habitudes de pensée (ou paradigmes) à révolutionner ? Dans le premier cas le savoir porte sur ce qui peut fonctionner (comme enseignement-apprentissage), dans le second cas, le savoir porte sur les conditions pour que cela fonctionne (voir Bryk et al., Learning to improve : How America’s schools can get better at getting better, 2015).


Sylvain Doussot, Université de Nantes (ESPE, CREN) et Nadine FinkHaute École Pédagogique du canton de Vaud (HEP Vaud)
Confronter des témoignages pour apprendre à critiquer des discours en primaire

Une séquence d’histoire en primaire (âge 8-9 ans) fait travailler les élèves sur la vie quotidienne (les punitions des enfants dans les années 1950) à partir de témoignages. Co-construite avec l’enseignante, elle met en jeu l’euristique de la confrontation des sources : les contradictions entre témoins obligent à différencier les faits (punitions) et les jugements (sévérité) et à requestionner les témoins.  L’enquête que mène la classe conduit à problématiser la question de départ (« les punitions étaient-elles plus sévères ? » devient « quelles étaient les punitions normales à l’époque ? ») et à historiciser les mots (« sévère » est une représentation qui varie), ce qui développe le pouvoir des élèves sur les discours. Le requestionnement des témoins teste l’hypothèse que les témoignages sont une « structure de transition » entre mémoire et histoire (Ricoeur, 2000 ; Fink, 2014) et un exemple pour le futur citoyen de la nécessité de questionner son interprétation première des sources.


Catherine Duquette, Université du Québec à Chicoutimi
Progression de l’apprentissage des opérations intellectuelles du Programme d’histoire du Québec et du Canada chez les élèves de 3e et 4e secondaire

Le programme d’histoire en vigueur au 2e cycle du secondaire stipule que l’évaluation de l’utilisation appropriée des connaissances s’effectue à partir du travail de 7 opérations intellectuelles dont l’origine théorique se fonde sur le modèle de la pensée historique de Seixas (1996). Or, les cadres d’évaluation ne précisent pas le niveau d’atteinte attendu chez les élèves ce qui cause de la confusion chez les enseignants. Pour répondre à cette problématique nous avons complété une étude longitudinale auprès de 4 classes de 2e cycle du secondaire où les élèves ont été invités à répondre à un questionnaire permettant d’observer leur habilité à utiliser les opérations intellectuelles et ce, à trois reprises au cours de leur année scolaire. Lors de cette présentation, il sera question de l’outil de collecte de données ainsi que des principales conclusions de l’analyse dont un modèle prototype de progression et une discussion sur la validité des opérations pour évaluer la pensée historique.


Nadine Fink et Lyonel Kaufmann, Haute École Pédagogique du canton de Vaud (HEP Vaud)
Postures enseignantes et démarche d’enquête : quelle rencontre ?

La proposition s’inscrit dans une recherche comparative internationale dont le but est de saisir comment des enseignant-e-s, dans différents contextes plurilingues et pluriculturels, envisagent la pluralité des perspectives et des expériences dans le passé lorsqu’ils enseignent l’histoire de leur propre pays. Pour cette communication, nous proposons d’explorer les données récoltées au secondaire I sous l’angle de l’articulation entre démarche d’enquête et postures épistémologiques des enseignant-e-s. L’objectif est d’interroger la possibilité d’une rencontre entre la démarche d’enquête préconisée dans le plan d’étude en Suisse romande et la manière dont les enseignant-e-s conçoivent leurs enseignements (entretiens) et les mettent en œuvre (observations). Cette exploration empirique des postures enseignantes apparaît comme indispensable pour identifier les conditions de possibilité pour développer la démarche d’enquête et rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages.


Raphaël Gani, Université d’Ottawa
Agentivité et reconnaissance :  quelle reconnaissance pour le groupe majoritaire au sein du programme d’études sociales en Alberta ?

Le programme d’études sociales albertain contient une théorie implicite de l’agentivité citoyenne. Celle-ci postule que les élèves doivent d’abord percevoir que leurs identités sont légitimées afin qu’ensuite, ils s’engagent dans la vie démocratique (Alberta Education, 2005). Or, dans l’introduction de ce programme enseigné de la garderie à la douzième année, seules deux identités minoritaires – Francophone et Autochtone – sont nommées et donc, légitimées. Qu’en est-il de la reconnaissance à accorder au majoritaire Anglophone de manière à développer l’agentivité de ses membres ? Je présenterai le résultat de mes recherches en archives qui révèle que le majoritaire Anglophone a déjà été nommé dans une version antérieure de ce programme albertain, mais qu’il a par la suite été invisibilisé. À la lumière de ces résultats, je tenterai de repenser l’angle mort du lien entre l’agentivité et la reconnaissance au sein du programme d’études sociales albertain : l’identité du majoritaire.


Lyonel Kaufmann, Haute École Pédagogique du canton de Vaud (HEP Vaud)
Enseignement de l’histoire et pensée computationnelle

Notre proposition s’inscrit dans une recherche dont le but est d’observer les pratiques enseignantes et saisir les conditions et les traductions possibles de la pensée computationnelle et des humanités numériques dans les curriculum et l’enseignement de l’histoire.

À l’aide des concepts de la pensée computationnelle (Papert 1996, Wing 2011) et des pratiques des humanités numériques (Birnbaum, Langmead 2017), les démarches didactiques préconisant le développement chez les élèves de la pensée critique et créative (Seixas,  Morton 2012), les plans et moyens d’études romands et des démarches enseignantes au primaire et au secondaire sont analysées dans la perspective d’une intégration de la pensée computationnelle dans les curriculum non seulement au service de l’histoire enseignée, mais également dans le sens de l’histoire au bénéfice de la pensée computationnelle.


Carla L. Peck, Université d’Alberta Interprétation simultanée
Pour un nouveau programme de recherche : l’enseignement de l’histoire a-t-il un effet sur les principes de la citoyenneté ?

L’éducation à la citoyenneté, dont l’objectif central est la création de « bons » citoyens, est une justification principale de l’enseignement de l’histoire depuis des décennies. Les politiciens experts et enseignants déplorent le manque (perçu) d’engagement des jeunes dans les activités de la citoyenneté et soulignent que les déficits de connaissances historiques des jeunes en sont une cause centrale. Existe-t-il une preuve que « plus d’histoire » mènerait réellement au développement de « bons » citoyens ? Certaines approches de l’enseignement de l’histoire pourraient-elles être plus efficaces que d’autres pour promouvoir un engagement citoyen critique et actif ? Dans cette présentation, la conférencière proposera la création d’un programme de recherche explorant de telles questions et commençant à esquisser comment nous pourrions identifier les effets, le cas échéant, de l’enseignement de l’histoire sur les futures pratiques de la citoyenneté.


Alexandre Lanoix, Université de Montréal
Regard sur l’état des apprentissages en sciences humaines au primaire à travers les questions des élèves

Il y a maintenant plus de quinze ans que le programme de « Géographie, Histoire et Éducation à la citoyenneté » est implanté dans les écoles québécoises. Malgré plusieurs recherches intéressantes au cours des dernières années, nous savons encore peu de choses de l’enseignement dispensé et des apprentissages réalisés en sciences humaines au primaire. La communication présente les résultats préliminaires d’une recherche qui vise à mieux cerner l’état des apprentissages des élèves à travers les questions qu’ils posent par téléphone et à travers un forum de discussion à « Allo Prof », un organisme d’aide aux devoirs. Une analyse à la fois qualitative et quantitative de ces questions nous permet de cibler les sujets, les démarches et les compétences qui préoccupent les élèves. Les premiers résultats montrent que les élèves posent moins de questions en sciences humaines que dans les autres matières et que les questions qu’ils posent ciblent souvent une connaissance précise.


Marie-Claude Larouche, Université du Québec à Trois-Rivières, Steve Quirion, Service national du RÉCIT et Jean-François PalominoBAnQ
Quels enjeux associés à l’usage de ressources numériques patrimoniales ?

Nous discuterons d’enjeux associés à l’utilisation, par des enseignants d’histoire du secondaire, de deux ensembles de ressources produits par le RECITUS et BAnQ pour le nouveau cours d’histoire du Québec et du Canada, au sein d’une recherche-développement visant à valoriser les contenus culturels numériques québécois. Diffusés sur le site de la Communauté des enseignants d’histoire, le premier ensemble, « Réviser avec BAnQ », est un outil de révision destiné aux classes du 3esec.; le second propose, en 4esec., des ressources documentaires et des tâches sur les idéologies de 1840 à 1896. À la suite d’entrevues semi-dirigées avec deux groupes d’enseignants-utilisateurs et de la passation d’un questionnaire, nous aborderons les enjeux relatifs aux usages scolaires de ces contenus, sur les plans technique, disciplinaire, didactique (Koehler et Mishra, 2009) et culturel (Simard, 2002), tenant  compte des contextes scolaire et collaboratif dans lequel se déploient ces usages.


David Lefrançois, Université du Québec en Outaouais, Marc-André Éthier, Université de Montréal et Amélie Cambron-Prémont, Université du Québec en Outaouais
Le programme d’éducation financière québécois à la loupe : du droit à l’éducation à la citoyenneté

En septembre 2017, le programme d’éducation financière a fait son apparition en cinquième secondaire au Québec. En présentant le contexte d’implantation de ce programme et en analysant ses contenus, nous montrerons qu’il tend à façonner des citoyens personnellement responsables au détriment de citoyens orientés vers la justice sociale — pour reprendre la typologie de la citoyenneté en contexte scolaire de Westheimer et Kahne (2004) — autant par rapport au droit qu’à l’économie politique.


Virginie Martel, Université du Québec à Rimouski, Nathalie Lacelle, Université du Québec à Montréal et Jean-François Boutin, Université du Québec à Rimouski
Outils traditionnels ET numériques d’information et de communication :  usages d’élèves et d’enseignants québécois en classe d’histoire

Pour réduire le fossé entre les pratiques extrascolaires et scolaires des jeunes
(Gee, 2013; Jacobi, 2018) et proposer des nouvelles formes d’enseignement favorables au développement de l’usage – critique – des outils numériques, l’école doit favoriser l’accès aux technologies et, surtout, former aux usages éducatifs du numérique. La classe d’histoire se prête particulièrement à ces objectifs puisque cette dernière mobilise, dans une perspective qui se veut critique, des documents variés – sur supports imprimés ou numériques – qui convoquent l’ensemble des modes de communication de la littératie dite médiatique et multimodale (Lacelle, Boutin et Lebrun, 2017). Afin de documenter l’usage des outils d’information et de communication traditionnels ou numériques en histoire et la compétence à y recourir, cette communication souhaite présenter les résultats d’une enquête (questionnaire et entrevues) réalisé auprès de centaines d’élèves du secondaire du Québec et de leurs enseignants.


Daniel Moreau, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et Jonathan Smith, Université du Québec à Trois-Rivières
Les « pratiques » de l’histoire. Distinctions psychologiques et épistémologiques

Qu’est-ce qu’une « pratique » associée à l’histoire ? Cette communication apportera des éléments de réponse à cette question par une analyse conceptuelle du concept de pratiques associées à l’histoire pour situer son apport au développement de l’agentivité, de la pensée et de la citoyenneté. C’est au coût de cette analyse, appuyée sur les travaux de Koselleck et Vygotski, qu’il sera possible d’articuler ces concepts en fonction de la médiation du langage et d’une théorie de l’activité en histoire. Elle permettra également de définir trois contextes de pratiques et autant de conceptions de soi associées à l’histoire : celle des historiens (pensée historienne), celles des citoyens (pensée historique) et celle des professionnels (pensée historique en contexte professionnel). Ces distinctions permettront de préciser, à la lumière des travaux de Peel, une posture épistémologique pour l’enseignement et l’apprentissage de l’histoire.


Catherine Poulin, Université du Québec à Montréal
Favoriser le développement de la pensée critique par la délibération chez les élèves du primaire

Depuis plus de 20 ans, la pensée critique est une « compétence » nécessaire à la vie courante dans un monde où chacun exerce sa citoyenneté pour relever les défis du 21esiècle (UNESCO, 2009). Au Québec, le développement de la pensée critique s’illustre par le fait qu’elle est une compétence transversale se développant dans les disciplines. En univers social, l’on vise à construire la conscience sociale de l’élève pour agir en citoyen éclairé (MEQ, 2001). Or, bien que la pensée critique et les pratiques délibératives soient liées en univers social, peu d’études montrent leur mise en œuvre (Hess, 2009). L’étude vise à dégager et comprendre les représentations professionnelles enseignantes avant et après une formation sur les pratiques délibératives et d’en apprécier ses effets. Les concepts de pensée critique, pratiques délibératives, représentations professionnelles (Lac et al., 2005), et formation continue sont étudiés.

Nous recueillerons les représentations professionnelles par questionnaire (avant et après la formation) et les effets par des observations participantes.

Les retombées envisagées sont la transformation des représentations professionnelles sur les pratiques délibératives et la manifestation de la pensée critique des élèves.


Julia Poyet, Université du Québec à Montréal
La photographie comme voie d’accès à la pensée historienne

Depuis 2014, nous avons mis en place quatre éditions du projet Ville-Marie 20xx dans plusieurs écoles primaires montréalaises. Dans le cadre de ce projet de recherche-action-collaborative nous avons utilisé la photographie de façon à répondre à différents objectifs de recherche et intentions d’apprentissages. En 2017 et 2018, nous avons notamment mis à profit des photographies d’archives pour initier les très jeunes élèves de ces éditions (maternelle et premier cycle) à la pensée historienne. Dans cette communication, après avoir resitué le projet global dans son contexte, nous souhaitons témoigner de la façon dont nous avons utilisé la photographie dans chacune des éditions et en particulier la façon dont nous avons approché la photographie comme source historique dans la perspective d’initier les élèves à la pensée historienne.


Catinca Adriana Stan, Université Laval
Interpréter des œuvres d’art pour mieux développer une pensée autonome chez des élèves du primaire

L’histoire scolaire n’est plus une histoire de dates et de noms ; construite autour de la pensée historique, elle relève plutôt d’un processus de construction de sens à partir du passé. Il devient alors important d’habituer chaque élève avec des modes de pensée (Heimberg, 2002) propres à l’histoire. Nous croyions que l’utilisation des œuvres d’art permet de questionner le passé tout en développant l’argumentation, le jugement et l’imagination des élèves.

Notre communication rend compte d’une recherche menée au printemps 2018, où une centaine d’élèves du primaire ont analysé et comparé des œuvres d’art selon la grille que nous avons conçue (Stan, 2018) et qui combine les concepts de la pensée historienne de Peter Seixas (2013) et la méthode sémiotique d’Umberto Eco (1979). Nous pensons que les résultats de cette recherche permettent de mieux guider les élèves à comprendre le caractère construit de l’histoire et de formuler leur propre point de vue sur les événements du passé.


Nicole Tutiaux-Guillon, École supérieure du professorat et de l’éducation de Lille (Communauté d’universités et d’établissements Lille Nord de France) et équipe de recherche Théodile-CIREL, université de Lille Interprétation simultanée
Élèves, vous avez dit élèves ? Mais de qui parlons-nous ?

Les recherches en didactique de l’histoire prennent évidemment en compte les élèves… Mais quels élèves ? Question d’apparence naïve, qui en recouvre en fait plusieurs : la plus simple consiste à conduire un inventaire raisonné des caractéristiques objectives des élèves dont traitent les recherches ; la plus complexe interroge la façon dont les didacticien.ne.s construisent les élèves dans leurs recherches. Cette dernière peut à son tour se décliner d’une part sur le rôle, la place de l’élève (au singulier ou au pluriel) dans la recherche, d’autre part sur les traits définitoires éventuellement retenus : le genre, l’identité culturelle, l’appartenance sociale etc. La conférence tentera d’apporter à ces questionnements quelques réponses, à partir de contributions au colloque et de recherches en didactique de l’histoire dans des contextes différents (francophone, anglophone, hispanophone), et d’en tirer des réflexions sur la façon dont les recherches s’inscrivent, volens nolens, dans les enjeux sociopolitiques de l’enseignement de l’histoire.


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